Etre parent en pleine conscience

Etre parent en pleine conscience

C’est l’été, l’occasion pour la plupart d’entre nous de passer plus de temps en famille, pour le meilleur… et pour le moins bien parfois …
J’ai lu cette histoire plusieurs fois depuis la sortie du livre de Myla et Jon Kabat-Zinn, « A chaque jour ses prodiges », et je m’étonne d’être toujours aussi émue.
A chaque relecture, des larmes me montent aux yeux.
Vraiment.
Cette merveilleuse démonstration d’amour d’un père pour son fils, la dignité, l’humanité de cet homme m’inspirent.
En tant que parent, je sais à quel point il est difficile de rester calme et bienveillant face à son enfant quand il a un comportement inadapté et d’autant plus lorsque l’entourage semble « réclamer » des sanctions. 
Me remémorer cette histoire lorsque je ressens beaucoup de colère, m’aide à ne pas réagir de manière impulsive. Un vrai cadeau, que je souhaite partager avec vous.
Si vous souhaitez recevoir cette histoire en pdf pour un meilleur confort de lecture ou pour la diffuser, vous pouvez m’adresser votre demande à m.jury@ateliers-ressources.com, et je vous l’enverrai dans les meilleurs délais.
« Papa sera très fâché » dit ma mère. C’était en août 1938, dans une pension de famille des Catskill Moutains. Un vendredi après midi, nous étions trois garçons de neuf ans, venus de la ville et nous ne savions que faire. Nous avions joué à tout ce qu’on pouvait imaginer l’été à la campagne : attrapé toutes les grenouilles, cueilli toutes les myrtilles, barboté dans l’eau glacée. Ce qu’il nous fallait, en cet après midi d’ennui insupportable, c’était un peu d’action.
Pour trouver des idées, Artie, Eli et moi nous étions abrités dans la fraîcheur du « casino », le petit bâtiment où se dérouleraient les parties de bingo, le soir, et parfois les spectacles de magiciens itinérants.
Peu à peu, l’inspiration vint : le casino était trop neuf, la charpente en bois et les murs en stuc blanc étaient trop parfaits. Nous allions abîmer tout ça en douceur. Laisser notre marque anonyme sur cet endroit, définitivement. Sans du tout penser aux conséquences bien sûr.
Nous prîmes d’abord un long banc en bois pour le précipiter contre un mur, en guise de bélier. Il creusa un trou magnifique. Mais petit. Alors il fallut recommencer. Une première, puis une seconde fois.
Ensuite, tous les trois, haletant, versant la sueur des héros, nous pûmes  contempler nos premiers vrais dégâts. Le processus était si satisfaisant que nous nous laissâmes emporter. Il ne restait pratiquement plus un centimètre carré de stuc en bon état.
Tout à coup, avant même que nous ayons pu éprouver un soupçon de remords, le propriétaire, M. Biolos, apparut sur le seuil de la porte. Furieux. Et réclamant justice. Quand ils arriveraient de la ville ce soir là, il parlerait à nos pères !
En attendant, il en parla à nos mères. La mienne sentit que ce que j’avais fait était si monstrueux qu’elle laisserait à mon père le soin de me punir. « Et papa sera très fâché. »
A six heures, M. Biolos se planta dans l’allée, attendant d’un air sombre le retour des pères. Derrière lui, le porche était plein de clients indignés, comme sur les gradins d’un stade.
Ils avaient vu les dégâts causés au bâtiment, ils savaient qu’ils devraient y jouer au bingo dans cet état. Eux aussi réclamaient justice.
Quant à Artie, Eli et moi, nous découvrîmes un endroit oublié du porche, chacun à distance des deux autres mais pas trop loin de nos mères respectives. Et nous attendîmes.
Le père d’Artie arriva le premier. Quand M. Biolos lui apprit la nouvelle et lui montra le casino détruit, il ôta avec soin sa ceinture et d’une main experte, il fouetta son fils qui hurlait.
Et il le fit avec l’approbation d’une foule haineuse d’adultes jusque là gentils.
Le père d’Eli arriva ensuite. On lui apprit la nouvelle, on lui montra les dégâts, et il devint fou furieux. D’une gifle, il projeta son fils à terre. Tandis qu’Eli pleurait étendu sur l’herbe, il lui donna des coups de pied dans les jambes, dans les fesses et dans le dos. Quand Eli tenta de se relever, il continua à lui donner des coups de pied.
La foule murmurait : « Ecoutez, ils auraient dû réfléchir avant d’agir. Ils n’en mourront pas, allez, et je parie qu’ils ne recommenceront pas ».
Je me demandais : Que fera mon père ? Il n’avait jamais levé la main sur moi. Je savais que les autres se faisaient parfois frapper, j’avais vu les bleus de mes camarades de classe, j’avais même entendu des cris, le soir, venant de certaines maisons de ma rue, mais ça se passait dans d’autres familles, le pourquoi et le comment de leurs bleus étaient pour moi de sombres abstractions. Jusque là.
Je me tournai vers ma mère. Elle était bouleversée. Elle m’avait bien fait comprendre que j’avais commis un crime particulier.
Cela signifiait-il que les coups devenaient soudain à l’ordre du jour ?


Au volant de notre Chevrolet, mon propre père se gara tout à coup, juste à temps pour voir le père d’Eli traîner son fils à l’intérieur du bâtiment. Il sortit de la voiture en croyant, j’en suis certain, qu’Eli devait l’avoir bien mérité. La peur me donnait le vertige. M. Biolos se mit à parler. Mon père écouta, la chemise trempée de transpiration, un mouchoir humide autour du cou ; il n’était jamais bien quand il faisait lourd. Je le vis suivre M. Biolos dans le casino. Mon père, cet homme fort, à principes, au tempérament vif, que pensait-il de tout cela ?
Quand ils sortirent, mon père regarda ma mère. Il articula un petit « Bonsoir », puis ses yeux me trouvèrent et me dévisagèrent longtemps, inexpressifs.  Je tentai de lire dans les siens, mais ils me quittèrent et se dirigèrent vers la foule en attente du châtiment.
Puis, bizarrement, il remonta dans sa voiture et fila ! Personne, même ma mère, ne put deviner où il allait.
Une heure plus tard, il revint. Attaché au toit de la voiture, une énorme pile de plaques de plâtre. Il sortit, tenant un sac en papier d’où dépassait un marteau. Sans un mot, il déchargea les plaques et les porta une par une dans le casino.
Et il n’en ressortit pas de la soirée.
Pendant le diner silencieux que je pris avec ma mère, et pendant le reste de ce vendredi soir, longtemps après nous être couchés, j’entendis, tout le monde entendit les coups réguliers du marteau de mon père. Je l’imaginais suant, privé de son dîner, privé de ma mère, de plus en plus furieux contre moi. Le lendemain serait-il le dernier jour de ma vie ? Je ne m’endormis que vers trois heures du matin.
Le lendemain, mon père ne dit  pas un mot de ce qui s’était passé la veille. Il ne manifesta pas la moindre colère, il ne formula pas le moindre reproche. Nous eûmes une journée normale, tous les trois, un week end familial aussi agréable que d’habitude.
Était-il furieux contre moi ? Sûrement. Mais à une époque ou la plupart des gens de sa génération voyaient le châtiment corporel de leurs enfants comme un droit accordé par Dieu, il considérait les fessées comme un crime comparable aux coups et blessures. Et, quand des enfants étaient battus, ils se souvenaient toujours de la douleur mais oubliaient souvent la raison.
Des années plus tard, j’ai compris qu’il n’aurait jamais été capable de m’humilier. Contrairement aux autres pères, il ne voulait pas entrer dans la conspiration de la vengeance comme spectacle.
Mais mon père s’était fait comprendre. Je n’ai jamais oublié que mon vandalisme de cet après midi d’août était intolérable.
Et je n’oublierai jamais que, ce jour là, j’ai compris à quel point je pouvais avoir confiance en lui. »
Par Mel Lazarus, romancier, créateur de bandes dessinées Momma et Miss Peach(tiré de « Angry fathers », Sunday New York Times, About Men (28 mai 1995)).

La petite claque, en images

Quel parent n’a pas vécu cet immense stress de la conversation téléphonique ?

Cette vidéo n’a pas pour but de culpabiliser les parents, nous aimer moins ne nous aidera jamais à aimer plus nos enfants.

Tout comme la pratique de la pleine conscience, elle nous permet d’élargir notre perspective en nous montrant l’histoire vécue des deux côtés de la main.


 
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