A l’aube de l’été, j’ai envie de partager avec vous ce désir puissant et exaltant de se déshabiller.

Au sens propre peut-être si on le souhaite, dans le respect de la pudeur des autres, et surtout au sens figuré.

Avant même notre naissance, dans l’imaginaire de nos parents, nous avons été affublés d’un costume, celui de l’enfant idéal que nos parents attendaient…ou pas (et dans ce cas, nous avons peut-être intégré qu’il fallait prouver 2 fois plus que nous méritons d’être là en se drapant dans une cape de super héros).

On nous a affublé de chemises (celle du grand-père qui était aventurier ou de la grand-mère qui n’aimait pas être loin de chez elle), on a plaqué sur nous des accessoires, des qualités _ intelligente comme sa tante Hilda, dégourdi comme le cousin Jules et des défauts _ mauvais joueur comme le grand oncle Léon, boudeuse comme Yvonne, l’arrière grand-mère.

Nous nous sommes déguisés aussi avec les vêtements des autres, pour voir, est-ce que l’habit fait le moine, est-ce que je me sens plus puissante si je mets le costume de wonder women ? Est-ce que j’ose plus, et est-ce que finalement je ne suis pas plus proche de ma vraie nature lorsque je suis déguisé ?

On a projeté sur nous des désirs qui n’étaient pas les nôtres, on nous a fait parfois porter des costumes qui n’étaient pas à notre taille, en nous donnant explicitement ou non la mission de réaliser le rêve d’études, de carrière, ou d’exploits sportifs que nos ancêtres n’ont pas pu accomplir…

Accueillait-on dans notre famille les filles aux tenues boueuses comme des souillons et les garçons destructeurs de baskets comme des valeureux combattants, ou l’inverse ?

Avions-nous des vêtements qui nous permettaient toutes les fantaisies, ou au contraire qui invitaient à certaines attitudes parce que trop chers, pas pratiques, fragiles, ou déjà abîmés par ceux qui nous ont précédés ?

Les costumes trop serrés nous ont blessés, ont laissé des marques, des irritations.

Les étiquettes nous ont piqué, gratté « tu as mauvais caractère », « tu n’as pas l’oreille musicale… »

Les costumes trop grands, trop lâches, ne nous ont pas protégé des courants d’air, et donné une sensation de flottement et d’insécurité, surtout si nous nous sommes pris les pieds dedans…

A l’adolescence, las du prêt-à-porter proposé par la famille, si tout va bien, nous avons eu la liberté d’en tester d’autres, comme ça pour voir, tester notre capacité de séduction avec plus ou moins de succès, tester ce que ça fait de n’en avoir rien à f……

On peut s’être perdu, on peut s’être trouvé dans ces expérimentations. Le regard des autres, de nos pairs, a beaucoup compté.

Et d’ailleurs, qui avons-nous choisi ? L’appartenance à un groupe aux codes stricts, ou bien plus ouverts ? Combien d’efforts avon- nous fourni pour avoir l’air cool et décoiffé ?

Il arrive que nous nous soyons conformés aux attentes sans élan et sans joie. Nous brillons de l’extérieur, dans un ensemble bien coupé et des bijoux de valeur, alors que dedans, c’est la dévastation.

D’autres fois, nous avons dépensé toute notre énergie à lutter contre ces vêtements imposés, collants, malaisants, à nous y tortiller avec mauvaise humeur sans pour autant choisir autre chose, toute notre énergie occupée à être « contre ».

Nous avons peut-être choisi de renvoyer exactement l’image que détestaient ceux qui voulaient nous contraindre, des miettes de pouvoir dans un monde qui nous en laissait bien peu.

En grandissant, nous avons parfois dû passer par l’étape de jouer à l’adulte, « représenter », « bien s’habiller » pour un entretien d’embauche.

A quoi ressemble un salarié motivé et productif ?

A quoi ressemble un homme viril qui réussit dans la vie ? Grosse montre, vêtements bien coupés de marque mais pas ostentatoire ou assemblage de gros logos ?

Un homme ne trouve t-il pas tout son charme, dans le fait justement de ne pas succomber aux diktats de la mode ?

Les chaussettes trouées traduisent-elles un manque d’égard pour soi-même, une forme de négligence peu désirable, ou au contraire la marque d’un esprit au dessus de ça qui ne se laisse pas définir par le paraître.

Socrate n’est-il pas le plus célèbre des clochards  ?

Qui que nous soyons, chaque matin, nous nous habillons pour nous présenter au monde, avec des vêtements bien sûr, mais aussi des fonctions, des diplômes, un passé, des objectifs, des ambitions, et si nous avons la chance de les assumer, des vulnérabilités, des doutes, qui nous permettent de grandir et de rentrer en intimité avec les autres.

_ »Ah ouais toi aussi, même si t’as l’air d’aller super sur ton profil insta/ LinkedIn, tu doutes souvent ? Tu te demandes qui tu aurais été si tu avais choisis des bottes de 7 lieues plutôt que des pantoufles ? Des talons de 12 plutôt que des baskets ? »

Arrivé à cette étape et merci beaucoup si vos êtes encore là, vraiment, ça me touche… Vous vous demandez peut-être quel est le lien avec la méditation ?

Eh bien, nous y voilà, en méditation nous prenons conscience de tout ce qui nous a conditionné. Peut en résulter une certaine colère ou tristesse en effet, si seulement nous ne devions pas faire avec toutes ses entraves, nous serions tellement mieux, nous aurions pris de meilleures décisions et ne serions pas régulièrement dans des états peu instagrammables…

Et puis un jour, Fiat lux, on réalise pendant quelques minutes que la seule vie que nous vivons est en cet instant, bien sûr nos anticipations et nos regrets n’ont pas complètement disparus mais c’est maintenant que nous sommes vivants, respirants, vibrants, et nous pouvons avoir l’impression que notre cœur va exploser tant la plénitude est grande, la découverte extraordinaire.

Je suis vivant en ce moment et c’est un miracle.

Exaltation passagère, et puis…Que faire de ça ?

Ça ne remplit pas le frigo ni ne résout les soucis de voisinage…la douleur de la rupture amoureuse ou la question de l’avenir de nos enfants…

Certes, mais cette prise de conscience peut nous permettre d’accepter nos anciennes fautes de goût et celles de nos proches et de retrouver le pouvoir de choisir ce que l’on va faire à partir de maintenant.

Alors déshabillons-nous joyeusement !

Et tous nus, face au miroir, posons nous la question : Allons-nous remettre ces vêtements trop petits qui nous boudinent, trop grands qui nous effacent, trop rigides qui nous figent, trop mous qui nous donnent l’air dégoulinant ou en choisir de plus adaptés ?

Peut-être que nous n’avons pas besoin de tout changer, juste retoucher, retrouver un peu d’espace, ajouter des poches, redonner de la structure, mettre un peu de couleurs, enlever les frous-frous superflus…

Quand nous nous arrêtons, que nous faisons face au tumulte de nos pensées, avec stabilité, nous créons l’espace pour voir, lâcher ce qui est devenu inutile, et redevenir créateur de la suite.

On peut faire cela seul ou en groupe les vendredis matins de 9h00 à 10h00 ou lors des journées en pleine conscience proposées plusieurs fois par an les samedis.

Il y a aussi des ateliers à destination des enfants et des adolescents.

Pourquoi commencer dès le plus jeune âge ?

Pour garder contact avec notre élan vital, en prendre soin, l’apprivoiser, ne pas oublier que nous sommes bien plus que notre corps, bien plus que nos émotions, bien plus que nos pensées et que dans un monde qui n’a jamais été aussi imprévisible et incertain, nous pouvons cultiver des ressources pour nous adapter aux circonstances.

Si nous entretenons avec nous-mêmes et avec les autres un rapport apaisé, et que nous apprenons à ne pas jouer contre notre propre camp, alors nous redevenons puissants.

Et vous c’est quand la dernière fois que vous avez fait un pas de côté ? Renoncer à une habitude ou un choix qui vous dessert pour adopter une attitude nouvelle ? On se sent vivant, pas vrai ?

Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie, de la vôtre aussi.

Et le meilleur dans tout ça, c’est nous pouvons convoquer l’énergie et les possibles contenus dans cette phrase chaque jour, à tout moment de la journée, en reprenant contact avec notre respiration, notre corps, et nos 5 sens.

Déshabillons-nous joyeusement !
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